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Le drame personnel face à l'injustice sociale
Une fillette pense que sa vie est terminée car son amie Julie lui a dit "Tu n'es plus ma copine!", une jeune femme pleure de chaudes larmes sur son lit: son mari vient de la quitter, une autre est malheureuse car son copain l'a trompée avec sa meilleure amie, un jeune garçon ne peut plus retenir les larmes: sa soeur est morte: ce sont des drames personnels, qui bouleversent toute une existence, de gravité plus ou moins grande, mais qui font n'ont rien à envier à une torture des plus cruelles.
Face à ces problèmes de la vie, on peut perdre tout intérêt pour ce que l'on peut entendre aux infos. Guerres, génocides, tremblements de terre, inondations, injustices, racisme, qu'importe!
L'expérience prouve que individuellement, le proche prime sur le lointain, la mort d'un proche revêt une gravité que n'obtiendra jamais dans nos coeurs celle de milliers d'inconnus dans un pays lointain. Ceci peut engendrer un sentiment de culpabilité, c'est évident.
C'est pour cela que j'ai beaucoup aimé un passage du livre Germinal, d'Emile Zola. Il se situe dans le contexte d'une mine dans la France du XIXeme siècle. M. Hennebeau est est le directeur. Celui-ci a 48 ans et il doit son succès professionnel à son mariage avec la fille d'un riche filateur. Celle-ci, qu'il aimait sincèrement, ne lui rendait pas cette passion: au contraire, elle avait eu plusieurs amants, auxquels il évitait de penser. Il les tolérait "comme on tolère un goût immonde à une malade. Puis, c'était leur arrivée à Montsou, un espoir fou de la guérir." Il avait découvert sa liaison avec son neveu, Paul Négrel, "et, mari imbécile, il ne prévoyait rien, il adorait la femme qui était la sienne, que des hommes avaient eue, que lui seul ne pouvait avoir!" Ces pensées le rendait furieux. Ce soir-là, les grèvistes étaient venus assièger sa maison, demandant du pain. Dans sa douleur, il les traitait d"'imbéciles", "entre ses dents". "Il aurait tout donné, son éducation, son bien-être, son luxe, sa puissance de directeur, s'il avait pu être, une journée, le dernier des misérables qui lui obéissaient, libre de sa chair, assez goujat pour gifler sa femme et prendre du plaisir sur les voisines." Ce n'etait plus contre les mineurs qu'il se fâchait, mais il était "enragé seulement contre la plaie croissante de son coeur."
J'ai trouvé ce passage intéressant, car l'on aurait pu s'attendre à ce que Zola montre M. Hennebeau, en tant que directeur, un homme complètement insensible que l'on pourrait détester. Mais on prend plutôt pitié de lui, car il a fait la découverte à ses dépens que l'argent ne fait pas le bonheur. "Il mangeait, lui, et il n'en râlait pas moins de souffrance. Son ménage ravagé, sa vie entière endolorie, lui remontaient à la gorge, en un hoquet de mort. Tout n'allait pas mieux parce qu'on avait du pain. Quel était l'idiot qui mettait le bonheur de ce monde dans le partage de sa richesse?"
Ce drame personnel, mis en parallèle avec la faim et la misère des mineurs, a valu à Zola beaucoup de reproches. Il se défend dans une lettre à E. Rod le 27 Mars 1885: " Je défends mes Hennebeau. Comment n'avez-vous pas compris que cet adultère banal n'est là que pour me donner la scène ou M. Hennebeau râle sa souffrance humaine face à la souffrance sociale qui hurle! (...) Il m'a semblé nécessaire de mettre au-dessus de l'éternelle injustice des classes l'éternelle douleur des passions."
C'est pour cela que j'admire énormément Emile Zola, car non seulement il défendait la cause des opprimés, mais il comprenait également qu'une société parfaitement "juste" qui tenterait d'effacer l'individu et ses passions ne serait pas idéale.
Alessia


