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Un homme sans morale serait-il un homme libre?
On oppose souvent la morale et la liberté (dans le dictionnaire Hachette, on propose la définition suivante de l'adjectif "libéré(e)": "délivré d'une entrave morale".) Pourtant, la morale et la liberté peuvent coexister, puisque sans liberté, la morale n'aurait aucun sens. La morale est-elle une entrave à la liberté? Faudrait-il alors s'affranchir des contraintes morales pour être libre? Cela suffirait-il? Encore faudrait-il se poser la question quelque peu paradoxale de la possibilité de liberté sans morale! En clair, un homme sans morale serait-il un homme libre?
Au premier abord, on pourrait penser que la morale limite la liberté et qu'il faudrait s'affranchir de la morale pour être libre. En quoi la morale peut-elle limiter la liberté? La morale, quelle qu'elle soit, a pour fonction essentielle de définir le Bien et le Mal, et donc de poser des limites entre l'obligatoire, le permis et le défendu. Elle ne peut être contraignante que dans la mesure où l'on désire agir de manière qui soit contraire à la morale. Quand nos désirs entrent en conflit avec notre loi morale, la solution la plus simple pour éliminer la difficulté serait de supprimer la question morale. Devoirs et interdits ne s'imposeraient ainsi plus à nous, et notre liberté semblerait donc aussi illimitée que notre volonté. Notons que le présupposé ici est que la liberté consiste à assouvir tous nos désirs et à agir toujours selon nos penchants, et que, pour ce faire, il faut supprimer toutes les contraintes. Dans ce cas, éliminer la question morale ne suffirait pas pour être libre: en effet, il faudrait également supprimer toutes les contraintes, ce qui est évidemment impossible (à moins d'être omnipotent!). Cette notion viderait donc la notion de liberté de tout sens, et un homme, avec ou sans morale, ne pourrait être libre. On pourrait argumenter que sans morale, l'homme serait quand même plus libre qu'avec. Mais cela non plus ne tient pas. En effet, si nous avons un libre arbitre, c'est-à-dire la faculté de décider par soi-même, même si nous jugeons qu'une action est immorale, rien ne devrait, à priori, nous empêcher de l'accomplir, si on le désire vraiment. Il semble donc que l'absence de contraintes morales ne conduise pas nécessairement à la liberté car il y aura toujours d'autres contraintes, d'une part, et d'autre part car la morale n'est pas véritablement une entrave à la liberté.
Le libre arbitre, d'après la définition donnée plus haut, est une forme de liberté. Mais sans morale, il n'y aurait plus de limites entre le Bien et le Mal, et donc plus de choix possible de soit les respecter, soit les transgresser. Peut-on alors parler de liberté sans morale? L'histoire d'Adam et Eve, telle qu'elle nous est narrée dans la Genèse, illustre très bien ce problème. En effet, Dieu ne leur avait interdit qu'une seule chose: de manger le fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal. On peut alors supposer que, d'après l'histoire, ils auraient été des êtres amoraux si Dieu ne leur avait pas posé cette interdiction. Sans celle-ci, Adam et Eve auraient-ils été libres? Ils n'auraient eu d'autres choix que celui d'obéir à Dieu. Le fait de leur interdire quelque chose ne limitait pas du tout leur liberté (ils avaient le droit de tout faire, et de manger touts les fruits du jardin d'Eden, excepté celui d'un unique arbre, et ils étaient visiblement libres même de manger de celui-là puisque c'est ce qui'ls ont faitr dans le récit!), mais, au contraire, la créait. La liberté semble donc dépendre de l'existence de la morale. Encore faut-il savoir ce qui est moral et ce qui ne l'est pas. L'idéal de liberté serait de ne pas avoir une morale qui s'impose à nous, mais de la définir soi-même. On retrouve ainsi l'idée de l'impératif catégorique de Kant, qui dépend à la fois de l'autonomie de ma volonté, mais est en même temps universel. Kant a affirmé que "le concept de liberté se fonde sur l'impératif catégorique". Pour être libre, il faut donc pouvoir choisir entre le Bien et le Mal, mais aussi être capable de définir ce qui est Bien ou Mal.
Mais suffit-il d'avoir une morale pour être libre? Ou faut-il de plus s'y conformer? En effet, peut-on être libre si on choisit de céder à toutes ses passions et désirs, même quand elles sont contraire à la morale que l'on s'est imposée? Ne serait-ce pas signe de faiblesse, d'incapacité à dire "non'", à poser des limites à soi-même? On serait ainsi en quelque soirte esclave de ses passions, incapable de les contrôler, et on finirait pas ressembler à un homme sans morale. En effet, sans morale, on ne ferait que céder à tous nos penchants, passions et désirs, que ceux-ci soien spontanés ou plus calculés. J.J. Rousseau, soutient cette thèse dans Le Contrat Social: "Car l'impulsion du seul appétit est esclavage et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté." Cela implique que dès qu'on choisit de faire le mal, on renoncerait à sa liberté. Ceci peut paraître assez paradoxal: certains choix que l'on pourrait faire en employant son libre arbitre seraient incompatibles avec la "vraie" liberté. Pour que nous soyons libres, il faudrait donc qu'il y ait au moins une chose que nous ne soyons pas libres de faire! La solution idéale semble être de nuancer la pensée de Rousseau: on pourrait ainsi être libre tout en désobéissant à la loi qu'on s'est prescrite si on est capable aussi d'y obéir en renonçant à un penchant. Cette capacité se manifestera le plus souvent dans l'obéissance, pour éviter qu'elle ne soit que théorique.
Un homme sans morale ne pourrait donc pas être libre, et la liberté consisterait à non seulement avoir la faculté de choisir entre le Bien et le Mal, mais aussi à être capable d'obéir à la loi qu'on s'est prescrite. La morale est donc indispensable à la liberté humaine.
Alessia
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25 October 2007


